“Si cela n’avait pas été un Colt, cela aurait été un Browning”.
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Elle arrête l’instant T en un déclenchement, mais, paradoxe s’il en est un, pour plusieurs secondes. Les vitesses lentes superposent les photos voyeuristes ou prises sur le vif, à travers une fenêtre. Un homme fume. Une femme s’habille. C’est New-York et c’est la nuit, découvert par le hublot vidéo d’une expo au Bethanien, Berlin. Le noir et blanc n’est pas simple, c’est une photo de nuit au ralenti, sur-exposée comme les corps des ces inconnus qui deviennent subitement sculpture en lumière, malgré eux. Yasmine Chatila, la voleuse de moments rétribue l’espace qu’elle fait unité. Le temps et les corps changent au travers d’une fenêtre solitaire, vue dans un autre cadre, celui de la télévision minuscule de l’exposition. On se plaît à s’imaginer de nuit, assis sur un rebord d’immeuble avec derrière nous les skyscrapers, devant nous ces illustres inconnus qui se crient dessus, se marchent dessus et parfois s’embrassent. Comme sur Bathroom Girl, la seule fenêtre de cette femme est illuminée, le reste est bercé par la nuit, en monochrome.
“Avec son crayon, comme le chasseur avec son fusil, il ne fera que donner l’impression de maîtriser ce monde”.
Toulouse-Lautrec, le peintre du stupre au pied du Sacré-Coeur, c’est un mythe. Gamin de l’aristocratie d’Albi passionné par les animaux, il rêvait d’enfermer un immense hippopotame. Un physique débile, un nez trop longs, des jambes trop courtes, une silhouette qui tient difficilement debout l’en empêcheront. Il peindra les jupons comme il peignait les animaux imaginaires de son enfance : sans les maîtriser, mais en les imaginant. Il s’élève aussi contre les mondanités d’apparat, qui paraissent intemporelles quand on l’écoute : Farceur, d’un style classique il peint un magistral camembert, qu’il remet pour l’exposition organisé par son ancien maître, Bonnat, le peintre d’Etat.
J’ai passé la nuit avec elle.
Elle était suave, elle était belle. Je me suis endormi. Trop tôt. Le regard, goguenard, me narguait alors que je m’assoupissait : elle roulait des épaules, passait d’une oreille à l’autre. Elle était insaissable. J’ai regardé le jour se lever, à côté de sa nuit. Elle était ronde, elle faisait peine. A voir, dans le noir, c’était dire. Je l’entends perdue au milieu d’Insects et de Teardrops. Habitué au noir et blanc, là, c’était que du blanc, un peu de noir. Chaude. Comme le feu, la braise paraît tiède à côté. Elle se répète et s’emmêle un peu, me regarde du blanc de l’oeil, dans le noir - on était habitué à la croix quand l’oeil ne s’ouvre pas, comme dans les mangas- là il est perçant et perdu, un peu hagard, toujours goguenard. Une chambre vide comme l’après -je ne me rappelle déjà plus de l’avant-la seule sûre. Pas plus de trois minutes. Toute en style, un apparat-cheap mais séduisant. Alors que les autres rayonnent dans le noir -facile- elle, séduit & captive la lumière, toute la lumière, en plein soleil.
Elle, Hot like fire, m’a pris une nuit.
Des langues et un squatt délabré, faire l’amour sur un matelas défoncé. Marquer l’histoire du clip par une pelle de deux minutes trente, s’offrir un remix pour se déshabiller et sauter en new rock sur du vieux gravier. Un gros plan séquence qui bave face à un montage épileptique.
On passera le coté “ohh j’ai encore trop sauté dans mon squatt tout sale, ma mèche est parfaite, c’est l’heure de faire l’amour”. Le premier est un clip de Health, suite à la sortie de leur album de remix Disco 2. Health, c’est beaucoup plus noisy et foutraque d’habitude, ça frise avec l’énergie d’un compteur électrique pas relevé depuis un an. Le deuxième, c’est ce classique un cheveu ringardos. Pour l’anecdote, c’est une professionnelle du patin qui fait jouer sa langue. Ringardos, on disait.
Sinon, en parlant de Health, ils se sont fait remixé par les Crystal Castles. Fini l’OD, fini la saturation, Alice Glass s’est retiré son eyeliner de l’oeil et elle a sorti un clavier. Une ballade nocturne des Crystal Castles, une fanfare 16 bit plutôt rigolote. SI vous connaissez pas, ça vous donnera une idée de Health. Le mieux, c’est de prendre Get Color ou l’éponyme. Et puis après, vous irez du côté de Chill Pill ( je suis prêt à répondre aux requêtes mails, le LP étant quasi introuvable maintenant).