
Epidermique, puissante et volatile : Katie Stelmanis, Zola Jesus et Florence and the Machine. Trois voix qui font de la Pop une course-poursuite entre un chant ahuri, des univers baroques et fissurés, un écho inlassable. Le plus souvent seules, quelques fois accompagnées de bands qu’elles passent en revue, ces trois divas Pop mettent une envolée lyrique sur les mélodies vaguement folk, là où il y a quelques années seule Newsom et quelques autres osaient railler une mélodie : pendant ce temps, de Rio en Medio à Cocorosie, le chant était toujours maîtrisé, la mélodie enfermée dans une boîte à bijou. Fini donc, de regarder ses pieds en susurrant une chansonnette. Ces trois là ont en commun une fougue et une verve électrique. Le plus souvent, elles composent seules, sur un synthé vintages héritées des années où on salivait devant Tender Forever ou Cocorosie et un tas de machines improbables plus carrées les unes que les autres. Elles crient, elles hurlent, une guitare branchée trop fort refuse de sortir des notes faiblardes : elle ne se sent bien que dans les criards solos.
Gothique, Electronique et Baroque, Zola Jesus est certainement la plus dark des trois, proche des steppes noisy et saturées - assez souvent foutraque- où l’on pourrait croiser une guitare des Sun O))). Sisi, franchement, on en est pas loin. Elle a sorti il y a quelques temps le Stridulum EP, sans doute le plus accessible des trois si l’on s’aventure aux premières heures de sa carrière : Le Tsar bomba, par exemple. On aime ou on déteste apparemment. Elle a quelque chose d’un David Tibet version femme sans l’obsession névrosée de la religion (malgré son nom), on trouve par moment cette même emphase chargée de sens dans ses chants.
Son nom est maintenant connu de tous : Florence and The Machine. Ici le gothique est un accessoire au service d’une Pop à la réalité augmentée. C’est Juliette and the Licks, l’énergie est la même. Dans un décor de plumes, de tapis d’orient et de mystique, elle déchaîne le chant, et c’est là que ça prend sens. Un peu le même sentiment que devant les Bat For Lashes de Natasha Khan : l’intimiste ça ne prend qu’à moitié. Je crois que je vais faire l’exemple et le contre-exemple dans la même phrase : Prenez Cosmic Love sur son album, c’est une tragédie grecque en quatre minutes, c’est tellement jouissif et grandiloquent, j’aimerai qu’une rupture se passe toujours comme ça tiens, ça aurait une belle allure alors que (bon il me faut tout caser dans la même phrase quand même) sur l’EP d’avant-album, A lot of Love, a lot of blood, elle est toute seule dans un couloir avec une guitare et elle réussit au moins à feinter l’intime. Pour mieux repartir à crier, et c’est là que ça devient un trésor cette track, Hospital Beds, aux côtés de remixes assez mal pensé.
De loin ma préféré des trois, Katie Stelmanis. C’est une merveille à l’état pur que cette voix et son synthé. J’aime beaucoup le contraste entre cette musique grandiose, tout en écho et en profondeur et la platitude d’un chambre minuscule dans laquelle on aime à l’imaginer composer. Je l’ai découvert avec Believe Me, et j’ai écarquillé les yeux. C’était l’été et une voiture dans laquelle j’étais couvrait par moments sa voix. A peine le temps de noter son nom et c’était fini. Elle a bien failli jamais être dans ce billet, celle-ci. Après, je suis tombé sur un recueil de chansons. Cela convient parfaitement, je ne parlerai pas d’album : ce serait laisser de côté la poétique et l’aérien qui se dégage de sa compo. Machiniste les pieds dans l’herbe, électronicienne et poète, on retrouve ces deux dimensions sur le tubesque Broken, l’immense Heavens.
Des Paradis que l’on voit au pluriel, tous un peu cassés : trois filles en rupture, romantiques. Zola Jesus, Florence et Katie Stelmanis.